Bandol ne laisse rien au hasard. L’appellation impose des règles strictes : un vin blanc labellisé Bandol AOC doit associer au moins 50 % de Clairette parmi ses cépages principaux, le reste puisant dans une courte mais grande liste (Rolle, Ugni blanc, Bourboulenc, Marsanne, Sémillon). Chaque cépage livre sa nuance, comme les instruments d’un même orchestre.
Clairette : la colonne vertébrale et la mémoire du Sud
Histoire : Présente dès l’Antiquité dans la basse Provence, la Clairette séduit par sa capacité à résister à la sécheresse, sa vigueur frugale mais stable. Elle a traversé les siècles, appréciée dès le Moyen Âge pour la fraicheur qu’elle confère dans une région dominée par la chaleur ; elle fut longtemps reine des “vins clairs” provençaux.
Profil organoleptique : Parée de reflets dorés pâles, elle distille des arômes subtils de fleurs blanches, d’amande douce, de fenouil sauvage ou encore d’agrume. En bouche, la Clairette joue la délicatesse : ampleur, fraîcheur, parfois une légère amertume finale qui signe son identité.
Rolle (Vermentino) : un souffle d’Italie et de Méditerranée
Origines : Rolle, plus connu sous le nom de Vermentino en Italie et en Corse, a trouvé en Provence un creuset d’expression unique. Il est de plus en plus recherché pour ses qualités aromatiques et sa capacité à donner des vins équilibrés, ronds et frais.
Arômes et texture : Le Rolle enchante le verre d’effluves d’agrumes mûrs (pamplemousse, citron), de fruits jaunes (pêche de vigne, abricot), de fleurs printanières, et d’une note iodée typique. Il apporte de la chair, une sensation saline et parfois une vivacité citronnée très “Méditerranée”.
Ugni blanc : la fraîcheur discrète
Le pilier de nombreuses AOC : L’Ugni blanc, cépage italien (Toscane, sous le nom Trebbiano), s'est taillé une place discrète mais incontournable dans l’hexagone. À Bandol, il ajoute fraîcheur acide, tension et discrétion aromatique, permettant d’équilibrer la générosité du climat.
Saveurs : Tilleul, pomme verte, notes herbacées — l’Ugni blanc joue la carte de la subtilité et de la droiture, indispensable pour “étirer” la bouche et offrir une trame de garde.
Bourboulenc : la vigueur aérienne
Racines et résistances : Cépage typique du bassin méditerranéen, originaire peut-être de Grèce ou d’Italie du Sud, le Bourboulenc aime les vents salins et les sols pierreux. Il a failli disparaître mais connaît un regain, grâce à sa capacité à produire des vins acidulés même par grande chaleur.
Aromatique : Notes d’ananas frais, d’agrumes, de fleurs de sureau, parfois de pierre à fusil, signature minérale. Il donne aux blancs de Bandol une persistance aérienne, presque cristalline.
Marsanne & Sémillon : l’ombre et la lumière
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Marsanne : Cépage blanc du Rhône, peu utilisé à Bandol, il contribue à la rondeur et à la complexité, apportant des nuances de noisette, de poire, de pelure de pêche et un soyeux charnu. Toujours minoritaire dans les assemblages.
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Sémillon : Originaire de Gironde, utilisé essentiellement pour la finesse, la rondeur et le maintien d’une belle acidité en année chaude. Très marginal à Bandol, il confère discrètement au vin blancheur, longueur et arômes de fleurs d’acacia.