Si Bandol est le royaume du Mourvèdre, il abrite aussi Grenache, Cinsault, Carignan et parfois Syrah. Chacun vit sa métamorphose au fil du temps, mais tous bénéficient du microclimat bandolais, sec, solaire, maîtrisé par la mer et protégé du Mistral par les collines.
Le Mourvèdre : la colonne vertébrale des rouges de Bandol
Cépage rétif à la facilité, le Mourvèdre donne, dans sa jeunesse, un vin corsé, tannique, profond, sur des notes de fruits noirs, de violette, d’épices chaudes. Le climat chaud du Var, son ensoleillement et le sol calcaire expliquent cette densité naturelle (source : Observatoire Viticole du Var).
Avec le temps, que se passe-t-il ?
- 5 à 10 ans : Les tanins s’assagissent, la matière devient plus souple ; le fruit noir évolue vers la confiture, le cuir, le tabac blond s’invite avec des notes animales élégantes.
- 10 à 20 ans : Apparition des arômes tertiaires : truffe, sous-bois, boîte à cigares. La structure s’affine sans disparaître – rareté dans le Sud –, tout en gardant une acidité et une fraîcheur remarquables qui signent l’identité de Bandol.
- Au-delà de 20 ans : Les plus grands Bandol atteignent un plateau harmonieux d’une grande complexité, où se mêlent notes de figue sèche, épices douces, graphite. L’influence méditerranéenne donne parfois des touches d’olive noire ou de garrigue.
Cet équilibre exceptionnel, qui ne sombre pas dans la lourdeur, explique la longévité légendaire des rouges de Bandol, rivalisant parfois avec les vins de Bordeaux ou du Piémont pour la garde (voir La Revue du Vin de France).
Grenache, Cinsault, Carignan : alliés indispensables
- Grenache offre de la rondeur et des fruits rouges ; il gagne, avec l’âge, une suavité plus discrète, qui vient “adoucir” la fermeté du Mourvèdre.
- Cinsault apporte finesse, bouquet floral et fraîcheur, particulièrement précieux dans les années chaudes.
- Carignan, moins présent, apporte un supplément d’épices et de vivacité si assemblé judicieusement.
Tous, sous l’effet du vieillissement, voient leurs arômes primaires fondre pour laisser place à un éventail aromatique : pruneau, figue, kirsch, herbes méditerranéennes, vieux cuir. Mais toujours, c’est la minéralité et la salinité – l’empreinte du sol calcaire et de la brise marine – qui donnent l’allant.